vendredi 10 janvier 2014

TNLA 2014: Améliorer les relations homme-animal pour réduire le stress en élevage



Améliorer les relations homme-animal pour réduire le stress en élevage 


Les éleveurs sont des professionnels très expérimentés. Néanmoins, il est largement reconnu que l’agitation et les réponses de peurs des animaux lors des manipulations varient fortement entre exploitations.

Plusieurs études, notamment en Australie sur les porcs et les bovins laitiers, montrent que cette variation est grandement liée au comportement des personnes, qui souvent reflète leurs opinions, représentations et aptitudes. Ces études confirment aussi que la peur et la détresse induites par les contacts humains peuvent diminuer la productivité, la croissance, santé et bien-être des animaux. Des améliorations dans le comportement et les représentations des éleveurs peuvent augmenter leur qualité de vie en améliorant la relation homme-animal (RHA). Une méthode efficace de formation demande d’être définie avec soir. Welfare Quality ® a entrepris de construire un tel programme pour les systèmes et pratiques européens de production.

Minimiser le stress de manipulation:

  • Vaches laitières 

Les éleveurs s’accordent sur l’importance des contacts réguliers et des manipulations patientes et douces.  Mais ils occasionnent des contacts négatifs dans certaines situations. Contenir et traiter des vaches est perçu comme difficile par 35 à 70% des éleveurs. Leur fréquence de contacts avec les animaux est très clairement liée à la façon dont les vaches réagissent. Les chercheurs montrent que les occasions de contacts doux et réguliers peuvent exister et doivent restées une priorité tout au long de la vie et ce, malgré l’augmentation de la taille des troupeaux ou les contraintes de temps. C’est particulièrement important pour les jeunes veaux et vaches taries. Cela augmente la confiance des vaches laitières en l’homme et leur facilité de manipulation.


  • Vaches allaitante

Les bovins de race allaitante sont moins
manipulés mais les éleveurs sont généralement positifs envers leurs animaux. Cependant 27% rapportent des difficultés de manipulations et les réactions à la manipulation varient fortement d’une ferme à l’autre, allant de 20 à 80% de veaux restant calmes à la pesée. Le comportement de la vache semble avoir une influence importante sur la réponse du veau aux contacts positifs, leur effet bénéfique se maintenant seulement si la mère est docile. Cette découverte reflète des processus d’apprentissage et doit certainement être prises en compte pour améliorer la RHA. En atelier d’engraissement, les représentations des éleveurs les plus positives sont associées avec une moindre peur des animaux lors des manipulations, un taux de cortisol réduit après transport et un pH de viande améliorée.


  • Poules pondeuses

Les enquêtes en fermes ont été peu nombreuses sur la RHA en poules pondeuse ou en poulet. Les réactions des poules à l’homme varient fortement entre fermes, avec des bandes où peu approchent ou peuvent être touchées et d’autres où les oiseaux ont pu facilement l’être. Nous avons aussi observé l’importance des représentations positives envers les oiseaux et confirmé des observations précédentes sur l’importance des contacts calmes et réguliers pour réduire la peur, améliorer la RHA et le bien-être des animaux. Cela devrait être possible autant dans les petites que les grandes exploitations modernes. L’existence de contacts humains réguliers et un meilleur plumage sont liés, peut être en raison d’un moindre piquage.


  • Porcs

Il existe dans les élevages une grande variation dans la propension des animaux à interagir avec des personnes non familières. La manière dont les éleveurs pensent de leurs animaux, leurs habitudes de travail, et le comportement des animaux sont liés. Par exemple, quand les manipulateurs s’approchent calmement des porcs sans se presser, les animaux réagissent mieux à la contention et sont plus calmes par la suite. Ainsi il existe vraiment une marge considérable pour réduire le stress de manipulation des porcs.


  • Améliorer la relation homme-animal

Les représentations des éleveurs et les pratiques de manipulations sont très variables entre fermes. Ces variations sont clairement reliées au stress de manipulation. Nous recommandons que éleveurs reçoivent de façon obligatoire et régulièrement une formation sur ce sujet. En collaboration avec des chercheurs australiens, Welfare Quality ® a développé un kit de formation multimédia construit pour aider les éleveurs à améliorer leurs relations homme-animal. Il utilise une approche cognitive et comportementale pour cibler les représentations des éleveurs et leurs habitudes qui peuvent apparaitre comme difficiles à changer. Fondé sur les recherches réalisées ou en cours, ce programme de formation intitulé « Qualité Handling » décrit :

  1. Comment les réponses de peur des animaux varient entre fermes
  2. Comment la peur de l’homme peut affecter la productivité et la facilité de manipulation
  3. Comment les animaux perçoivent leur environnement 
  4.  Comment construire une relation homme-animal positive
  5. Comment améliorer et entretenir les représentations et comportements des éleveurs quand ils retournent sur leur exploitation.

Ce programme « Qualité Handling » sera accessible pour la filière bovine en anglais, français et allemand, et pour les porcs et poules pondeuses en anglais et néerlandais.

  • Pour plus d’informations

Xavier Boivin, xavier@clermont.inra.fr

Ces recherches ont été conduites dans le cadre du troisième sous projet de Welfare Quality®, dont l’objectif essentiel est d’élaborer des stratégies pratiques pour l’amélioration du bien-être des animaux d’élevage. Les recherches ont pour thèmes :

  1.  L’amélioration des rapports entre les êtres humains et les animaux
  2. Des solutions génétiques aux problèmes de bien-être
  3. L’élimination des comportements entrainant des blessures
  4. La réduction des boiteries chez les bovins et les poulets de chair
  5. La réduction de la mortalité néonatale chez les porcs
  6. L’atténuation du stress social chez les porcs et les bovins

Le Dr Xavier Manteca est le responsable du sous-projet. Vous pouvez le contacter à l’adresse suivante : xavier.manteca@uab.es
 

mardi 7 janvier 2014

L'hippodrome de Pau



Les Béarnais ont toujours été des passionnés de cheval dans une région possédant un élevage de qualité. La création des Haras Nationaux de PAU (transférés depuis à GELOS) date de 1807. Aussi il n’est pas étonnant que se crée dès 1839 une société des courses dont le nom est : Société d’Encouragement des Basses Pyrénées pour l’Elève du Cheval.
La ville de PAU concède les terrains de la lande du Pont-Long situés au Nord et les premières courses se déroulent en 1842. Depuis lors, ce site sera constamment utilisé et des travaux d’agrandissement et d’amélioration seront régulièrement entrepris pour en faire l’hippodrome que nous connaissons aujourd’hui.

Coté pistes :

L’HIPPODROME DE PAU offre une surface de 40 hectares environ et comprend :
  • un ensemble de 110 boxes et 12 stalles.
  • de nombreuses pistes d’obstacles en herbe
  • pistes intérieures et extérieures de Haies
  • pistes intérieures et extérieures de Steeple-chase
  • piste en huit de Steeple-chase
  • parcours de Cross-country
  • une piste pour les courses plates en sable fibré (PSF) de 2 250m* 20 m avec une ligne droite de 400 m.
Coté tribunes: 

La société des courses de Pau investit régulièrement pour améliorer ses installations et développer ses activités. La rénovation complète des tribunes est achevée depuis 2006. La structure existante a été agrandie et modernisée côté sud ; l'intérieur a été entièrement réaménagé sur 5 niveaux offrant une superficie de près de 7 000 m² avec :
 
La saison de courses est essentiellement concentrée sur la période hivernale. Elle comprend 27 réunions PMU de décembre à fin février. Au total, ce sont 154 courses à obstacles et 62 courses plates qui se disputent sur notre hippodrome en hiver. 

Il existe aussi le célèbre centre d'entrainement  : 

 Situé à proximité de l’hippodrome, le centre d'entraînement de SERS se développe sur un site indépendant dont les terrains appartiennent à la Ville de Pau. Une passerelle réservée aux chevaux relie les deux sites.

Datant de la fin du XIXème siècle, ce site connaît un développement important dans les années 60 lorsque la société des courses de Pau prend directement en charge l’entretien des pistes et des installations. Avec ceux de CHANTILLY et de MAISONS LAFFITTE, il compte aujourd'hui parmi les grands centres d’entraînement de galop. Chaque année, de nombreux chevaux entraînés à Pau s’illustrent sur les plus grands hippodromes du monde.
Un centre en perpétuelle évolution...


Pendant le meeting d’hiver, de nombreux entraîneurs venus de la France entière s’installent sur le centre avec 350 chevaux supplémentaires. Toujours en perpétuelle évolution, des travaux sont régulièrement entrepris pour améliorer les pistes existantes et pour les développer. En 2002, 3 barnes de 32 boxes chacun ont été construits pour augmenter la capacité d’accueil des chevaux pendant le meeting d’hiver.

Enfin, l’entretien du centre d’entraînement de Pau-Sers bénéficie d’une attention toute particulière : les herses font jusqu’à 40 kms par jour et le système d’arrosage automatique dispose d’un réseau de 10 kms. La capacité et les installations du centre permettent l’organisation de nombreux concours hippiques :
  • Concours Complet International (CCI****)
  • Championnats d’Aquitaine
  • Nombreux concours dont celui de la Société Hippique Française
Caractéristiques:
  • Superficie de 60 hectares environ
  • 13 kms de pistes en herbe dont une ligne droite arrosée de 1 600 m
  • 11 kms de pistes en sable arrosées
  • Manège de dressage
  • Près de 700 boxes construits par la société des courses
  • Plus de 485 boxes privés
  • 22 entraîneurs sédentaires installés sur place dont 14 entraîneurs publics et 8 permis d’entraîner
  • Près de 700 chevaux à l'entraînement
  • 1 foyer d'apprentis lad-jockeys géré par l'A.F.A.S.E.C

Calendrier des courses pour la saison 2014:ICI 

 TNLA 2014

lundi 6 janvier 2014

Visite en terre danoise

      

    Durant une semaine, la classe des BTS Production Animale de deuxième année ont été accueilli sur les terres danoises pour un voyage d’étude. Vache, cochons et visons sont au programme. Dès la descente de l’avion, Copenhague ouvre la beauté de ses canaux et de ses rues chargées d’histoire. Après la visite de la ville par les pistes cyclable, les élèves prennent la route pour se rendre sur les grandes terres. Bienvenue dans le Jutland. Le premier arrêt se fait dans le plus grand abattoir de porcs d’Europe. La visite, commentée, permet de découvrir ou de redécouvrir la production porcine.
Une petite auberge de campagne, dans la périphérie d’Aarus, attend les étudiants. Ce petit écrin de verdure, perdu au milieu des bois permet à tous les jeunes de trouver un moment pour eux. Les grands concours de belotes et autres jeux de cartes vont de bon train dans la salle commune.
C’est le centre de sélection bovine « Vikings Genetic » qui nous ouvre ensuite ses portes. Fières de nous présenter son troupeau de bovins laitiers et son laboratoire de sexage de la semence, les responsables nous font découvrir la génétique danoise et scandinave. S’en suis la visite de deux jolies exploitations de vaches laitières de races Jersey et Rouges Danoises.
Les jours suivants, ce sera le centre de recherche de Foulum, rattaché l’université de Aarus, qui va nous présenter leurs travaux sur la recherche agronomique. Visons, Vache fistulées et Porcs clonés vont venir se rajouter aux visites techniques des élèves. Accompagné par les techniciens et quelques chercheurs, nous avons pu « mettre la main à la pâte ». Prélèvement sur une vache fistulée et test de comportement sur les visons vont venir rythmer les visites.
Une dernière visite s’ajoute à notre parcours. C’est dans une grosse exploitation laitière avec des vaches de race Prim’ Holstein pour découvrir la robotisation de la traite et une nouvelle méthode de conduite des troupeaux. Il est déjà temps de retourner à Copenhague pour le dernier soir.
L’auberge de Jeunesse de notre première soirée nous ouvre à nouveau ses portes. Entre parties de billard internationale et jeu de carte européen, nous profitons tous pleinement de cette dernière nuit sur le sol danois. La fatigue d’une semaine de concentration et de visites a eu raison de nous et il ne nous fallut pas longtemps pour que la fatigue et le sommeil nous rattrape. Après un levé bien avant l’aurore, nous découvrons de nuit l’aéroport de notre arrivé le premier jour. Retour vers la France, un petit pincement au cœur de quitter ce pays qui nous a tous émerveillés. On reviendra vous voir les danois, c’est promis !!
TNLA 2014

vendredi 3 janvier 2014

TNLA 2014: Les productions locales 2

Parmi les grandes traditions du sud-ouest, on retrouve celle du gavage qui est devenu au fil des siècles une grande valeur gastronomique. Depuis 2000, le foie gras de canard du sud-ouest bénéficie d’une protection IGP à l’échelle européenne. Son caractère unique et sa couleur lui sont donnés par le maïs, produit en masse dans tout le bassin aquitain.




Produit incontournable des fêtes de fin d'année, le foie gras IGP de canard provient de foie de canards élevés, gavés et transformés dans la région du grand sud ouest.  Avec la généralisation de la conserve, le produit sort des frontières régionales et nationales où il devient l'emblème de la France.




Après les entrées et le foie gras, le fromage est un aliment incontournable. Et dans les Pyrénées le fromage on connait!
Le fromage Ossau-Iraty est un fromage au lait de brebis à pâte pressée non cuite. C’est un fromage de garde qui nécessite une durée d’affinage longue (4 à 6 mois). Il est fabriqué en Béarn et au Pays Basque ainsi que sur trois communes des Hautes Pyrénées. Ce fromage traditionnel a été reconnu comme AOC en 1980. Depuis longtemps utilisé en estive par les bergers, la fabrication de fromage servait premièrement à conserver le lait. Aujourd'hui, la transformation fromagère assure aux producteurs des revenus bien plus solides que la simple vente de lait. Toutefois, elle impose à l'éleveur un triple métier : premièrement celui d'éleveur producteur de lait, ensuite celui de transformateur, et pour finir celui de commerçant; or toutes ces activités nécessitent un savoir-faire difficile à acquérir.

Brebis Basco-Béarnaise
Brebis Manech tête rousse

Brebis Manech tête noire




















Uniquement fabriqué grâce au lait de nos races ovines locales (Basco-béarnaise, Manech tête rousse, Manech tête noire) il compte parmi les fromages de qualité les plus consommés en France avec le Roquefort.

 TNLA 2014

lundi 30 décembre 2013

Fil rouge n°6





« The American dream» traduit du québécois…

Parler de mon stage au Québec, de quelque chose qui m’a le plus marqué, c’est compliqué car il y a un tant de choses qui m’ont plu ! Difficile d’en faire le tri alors que cette première expérience fût fascinante pour moi…

Comme souvent le plus dur c’est de partir, j’appréhendais un peu ces neuf semaines à l’étranger, comment ça allait se passer, sur qui j’allais tomber… mais, finalement, le jour de mon départ de Toulouse, le deux juin, l’appréhension m’avait déjà quittée.

Dès mon arrivée à Montréal l’ivresse de la découverte s’était emparée de moi ! Jamais je n’aurai cru rencontrer des personnes si spontanées, aussi ouvertes d’esprit. Des gens chaleureux, qui vous abordent dans la rue sans même vous connaître, qui vont vous tutoyer dès la première approche. Après quelques péripéties me voilà arrivée dans une petite ville étudiante, Sherbrooke, où j’allais passer mes neuf semaines de stage.

Ce qui m’a interpellé en premier c’est ce qu’on peut voir de typiquement américain dans les films : les mêmes maisons en bois avec le petit escalier extérieur, entouré d’un jardin superbement entretenu et bien-sûr l’imposant pick-up garé devant. Personnellement j’étais attendu dans l’une de ces maisons. Je fis connaissance de ma logeuse et de trois autres stagiaires qui, à ma grande surprise, étaient eux aussi français ! A peine entrée dans cette maison je m’y suis sentie à l’aise, mais voilà, rapidement je devais m’accoutumer au vocabulaire si particulier des québécois : une laveuse, une sécheuse, du détergent, et des phrases énigmatiques du genre « c’est tu correct pour toi si tu peux-tu sortir les vidanges tantôt ? ». Bon il faudra un temps d’adaptation …


Dès le lendemain j’intégrais mon lieu de stage : un Centre de Recherche sur les vaches laitières et les porcs. Je n’étais au Québec que depuis deux jours et là encore j’ai été agréablement surprise par cet accueil si chaleureux et spontané de mon Maître de Stage mais aussi par toute l’équipe et le personnel du Centre. Rapidement mise dans le bain, ma première impression professionnelle fut a quel point le Centre était en avance au niveau de la recherche et des expériences. Deux heures à peine après mon arrivée je travaillais sur des vaches fistulées, une première pour moi ! Dès la fin de la journée je me sentais déjà comme chez moi !

De retour à la maison mes trois colocataires français, présents au Canada depuis avril, m’ont pris sous leurs ailes et m’ont initié à la vie québécoise. Première sortie à la découverte de l’épicerie du quartier, grosse rigolade, aucun produit n’est pareil qu’en France avec des noms complètement différents, très « couleur locale ». Impression bizarre aussi que de manipuler les premiers dollars canadiens, comme si j’avais gagné au Monopoly.
Puis ils m’ont présenté leurs amis québécois, intégration ultra rapide ! Pourquoi ? Parce que les gens sont là, souriants, chaleureux, prêt à accepter toute personne d’où qu’elle vienne.
Les semaines défilèrent à une vitesse surprenante entre les journées de travail au Centre et les soirées en compagnie des jeunes québécois.

Les week-ends de découverte s’enchaînaient avec Montréal, Toronto, les Chutes du Niagara, Québec, Tadoussac à la rencontre du fabuleux spectacle des baleines en pleine mer, puis New-York pour finir en beauté.



Ce qui est sûr, c’est que l’on sort de ces neuf semaines, plus grand, plus mature. J’ai appris à me débrouiller toute seule, j’ai aussi appris beaucoup sur moi-même et tout cela avec des souvenirs pleins la tête ! 

 TNLA 2014

lundi 23 décembre 2013

Fil rouge n°5



Pompier volontaire au Swaziland

Le Swaziland, ça vous parle ??? Pas plus que ça ? Normal, c’est complètement inconnu au bataillon ! C’est un petit royaume, le dernier royaume traditionnel d’Afrique, encré entre l’Afrique du Sud et le Mozambique. C’est un pays très diversifié et très riche par ses paysages et sa culture, mais durement touché par les inégalités sociales, la pauvreté et le Sida. En 2010, j’ai eu l’occasion d’y partir avec comme ambition de perfectionner mon anglais et surtout de travailler dans une grande ferme agricole : E.I Ranch ! Cette exploitation de type polyculture élevage possède 1300ha de terres, dont la majeure partie est destinée à l’alimentation des 250 vaches Drakensberg que compte cette exploitation. Ces vaches sont conduites de façon extensive et sont destinées à produire des veaux et de la viande.  Le climat local permet des cultures multiples. On y fait pousser de la canne à sucre, des pommes de terre et surtout des « baby vegetables » ou « petits légumes » en français. Ce sont des carottes, du maïs, des courgettes, des cornichons, des pâtissons et toute une multitude de ces légumes miniatures qui sont ensuite vendus en France via le grand marché de Rungis. J’ai donc passé un mois là-bas pendant les grandes vacances de l’été 2010 (l’hiver dans l’hémisphère sud).  

Grande ferme de E.I Ranch

Premier grand choc, les patrons sont blancs et les ouvriers agricoles sont noirs… second grand choc, je suis blanc, donc je suis un « patron » ! C'est là que ça se complique : je viens tout juste d’avoir 16 ans, je débarque seul dans un pays totalement inconnu, où je ne connais personne, où il faut parler anglais et où je vais avoir une vingtaine d’Hommes à gérer  et des responsabilités au niveau l’organisation du travail. Je peux vous assurer qu’à cet âge on ne comprend pas tout ce qui vous arrive ! Les responsables du ranch me disaient bien qu’il ne fallait pas discuter avec les ouvriers, donner un coup de main, qu’il fallait garder une certaine distance entre eux et nous. Les ouvriers au nombre de 250 étaient logés dans des conditions déplorables et rémunérés 2€ par jour de travail. Une aberration pour moi, jeune adolescent débarqué en terre inconnue. A peine remis de mes émotions, dès le lendemain matin, et comme tous les matins pendant mon séjour, c’est debout à quatre heures, direction le bureau où l’on organise tous les travaux de la journée et la répartition des tâches. A cinq heures premier contact avec les « employés », je leur explique ce qu’ils devront faire, puis je les conduis jusqu'à leurs différents lieux de travail.  Ensuite la journée s’enchaîne : suivi des animaux, des cultures, estimation des rendements, gestion de l’irrigation…

Cultures de maïs, canne à sucre, légumes

…et jouer à l’apprenti pompier ! Et oui, pendant  mon séjour dans cette grande ferme du Swaziland, plus de 400ha de friches ont brûlés. Pour la plupart, ces incendies étaient volontaires, causés par des voisins plus ou moins jaloux. A ce moment-là, branle-bas de combat, rapatriement de tous les hommes, distribution de toiles de jutes imbibées d’eau, de briquets et de tonnes à eau car, dans un pays aussi démuni, les pompiers n’existent pas, c’est à la ferme d’éteindre son propre incendie. Vu la sécheresse habituelle en cette saison les flammes  progressaient avec l’aide du vent, et nous, nous tentions avec nos faibles moyens d’arrêter ce gigantesque incendie. Accompagné de mes « hommes » j’avais l’ordre de protéger un coin de la ferme et de limiter l’avancée du feu…mais je n’avais que 16 ans et aucune expérience en ce domaine. Les ouvriers bien plus au fait que moi m’ont alors tout appris, ils m’ont protégé car le vent tournait et ça devenait très dangereux. D’urgence nous avons dû quitter les lieux et une fois sortie de cette fumée opaque, j’ai rapatrié tous les gars avec la seule voiture disponible, moi au volant et eux sur le plateau arrière…car j’étais le seul à savoir conduire du haut de mes premières leçons de « conduite accompagnée » !!! L’entraide et l’acharnement nous ont permis de maîtriser le feu, enfin, et pour fêter ça un grand match de foot a été organisé dans la ferme. C’était un vrai moment de bonheur, de partage. Une expérience magnifique, difficile, mais tellement enrichissante.

Moi au bord d'un lac avec des crocodiles en plein milieu de la ferme

Après un grand mois de travail sur la ferme, entrecoupé de quelques visites et de belles rencontres, il était déjà temps de partir. C’est fou comment on s’attache vite aux personnes qui vous entourent, patrons comme ouvriers. J’ai pu échanger avec beaucoup de monde en essayant de baragouiner en anglais et en « Swazi ». Ils voulaient tous savoir comment c’était en France, ils me parlaient tous de Zidane, de la tour Eiffel, de Paris mais aussi de leur culture, de leur vie et de leurs difficultés. Le départ fût un moment dur et émouvant et le retour en France fût un autre choc avec une telle différence de culture et de richesse qui vous saute au visage. Après ce mois passé au Swaziland, coupé de tout comme vivant sur une autre planète, j’ai vécu une grosse remise en question et j’ai pris conscience de la chance que j’avais de vivre en France, de suivre des études et de pouvoir voyager. C’est humainement l’expérience la plus enrichissante qui m’a été donné de vivre, elle m’a beaucoup apporté dans ma vie de tous les jours et m’aide encore aujourd’hui dans de nombreuses réflexions. Cette escapade d’un mois dans ce magnifique royaume restera à jamais gravée dans ma mémoire… et ma seule hâte est d’y repartir pour mesurer les évolutions probables et revivre en souvenir un pan de ma jeunesse!

Un des 250 ouvriers (responsable de la serre)

 TNLA 2014